Crèches fribourgeoises: une CCT est nécessaire pour améliorer les conditions de travail et d'accueil

de: Virginie Burri

Partant du constat que les conditions de travail sont précaires dans les crèches du canton et qu’il existe de fortes disparités entre les différentes structures, le SSP, la FCGF (Fédération des Crèches et Garderies Fribourgeoises) et l'AFDRIPE (Association Fribourgeoise des Directeurs/trices et Responsables d'Institution de la Petite Enfance) partagent l’avis qu’une CCT permettrait non seulement d’harmoniser les conditions de travail, mais surtout de les améliorer. Ces trois organisations ont donc décidé de s'unir afin de défendre une CCT pour les crèches.

Succès du questionnaire adressé au personnel

Début septembre, le SSP-région Fribourg adressait un questionnaire au personnel des crèches afin de faire un état des lieux des conditions de travail.
222 personnes y ont répondu, ce qui montre qu’il y a un réel intérêt de la part du personnel pour ses conditions de travail, mais aussi une volonté que celles-ci s’améliorent, notamment par la mise en place d’une CCT. En effet, 86% estiment qu’une CCT est nécessaire et 66% ont affirmé être prêts à soutenir des actions dans ce sens. Le personnel est donc prêt à se mobiliser pour défendre ses conditions de travail et les conditions d’encadrement éducatif des enfants.

Les nécessités d’amélioration se situent autour de 2 axes : les conditions de travail et de salaire ; les conditions d’encadrement éducatif des enfants

Conditions de travail et de salaire

De manière générale, plus d’1/3 du personnel n’est pas vraiment satisfait de ses conditions de travail. Ce taux est particulièrement important et alarmant.

Concernant les salaires, 87% estiment que celui-ci n’est pas assez élevé compte tenu de la responsabilité, de la charge de travail et de la pénibilité. En plus d’un salaire qui est bas, près de 60% affirment ne pas recevoir d’augmentation annuelle. Nous avons donc non seulement des salaires qui sont bas, mais aussi qui stagnent.

Enfin d’autres éléments montrent que les conditions de travail doivent être améliorées. Par exemple, 30% des répondant.e.s expliquent devoir travailler plus de 6 heures sans pause, ce qui est contraire à la Loi sur le Travail!

La part de temps de travail hors de la présence des enfants est estimée insuffisante. Ce temps est nécessaire pour la préparation du travail éducatif, le suivi des enfants, la collaboration avec les parents, la réflexion sur la cohérence éducative, les colloques organisationnels, etc. Ce temps est très variable d’une crèche à l’autre, mais globalement on constate que le temps à disposition est insuffisant et qu’une partie du travail se fait à la maison, donc de manière bénévole. 26,6% affirment même ne disposer d’aucune part de temps de travail hors de la présence des enfants.

Largement insuffisant également, le temps accordé aux professionnels diplômés pour accompagner et encadrer les apprenants : 29,3% des professionnels formant des stagiaires ne disposent pas de temps de travail pour le faire (18,6% dans le cas des apprentis).

Conditions d'encadrement éducatif des enfants

"Nous sommes constamment en mode survie", "Nous faisons le minimum vital car ce n'est pas possible de faire plus, c'est très frustrant", "Les moyens à disposition sont suffisants pour faire du gardiennage, pas pour du pédagogique": voici quelques commentaires qui illustrent bien l'insatisfaction du personnel vis à vis des conditions d'encadrement éducatifs.

Les normes cantonales minimales pour l’encadrement éducatif des enfants prévoient un poste de travail pour 4 enfants âgés de 0 à 2 ans, un pour 7 enfants âgés de 4 à 6 ans, un pour 12 enfants âgés de 4 à 6 ans. Or 68% des salarié.e.s interrogé.e.s estiment que ces normes sont trop basses – d’autant plus qu’elles prennent en compte le personnel auxiliaire, une partie des stagiaires et tous les apprentis ! Cet encadrement insuffisant a bien sûr un impact négatif sur la qualité de la prise en charge.

Ce qui ressort du questionnaire, c'est que ces normes seraient plus acceptables si les stagiaires et les apprentis n'étaient pas comptés dans l'effectif. Dans les conditions actuelles, il est claire que ni la qualité de l'encadrement éducatif des enfants, ni la qualité de l'encadrement des personnes en formation ne sont garanties.

Plus de moyens pour les crèches

Les professionnels de l’enfance doivent être reconnus à leur juste valeur. Cela implique de meilleures conditions de travail et d’encadrement, plus de moyens pour les structures et une meilleure reconnaissance salariale pour le personnel.

Dans ce but, le SSP-Crèches demande une augmentation des moyens à disposition. La Suisse, pays le plus riche du monde, n’investit que 0,2% de son PIB pour la petite enfance, alors que la moyenne de l’OCDE est à 0,8%. Ces moyens sont indispensables pour améliorer l’encadrement des enfants, diminuer le prix des places pour les parents et améliorer les conditions de travail et de salaire pour le personnel. Concernant ce dernier point, une CCT est nécessaire. D’autres cantons l’ont mise en place comme Vaud et Genève. Pourquoi pas Fribourg ?

Parmi les revendications que le personnel a déterminées comme étant prioritaires, le salaire figure au premier plan. Les rémunérations doivent être uniformisées entre les différentes crèches et, surtout, elles doivent être augmentées !

Nous demandons aussi plus de temps de travail hors de la présence des enfants afin d’être à même d’effectuer les préparations nécessaires pour le travail éducatif et pour un meilleur suivi des personnes en formation. Ces dernières ne devraient d’ailleurs pas être comptées, afin qu’elles puissent être formées correctement et que les enfants puissent bénéficier d’un meilleur encadrement, avec plus de personnes formées sur les groupes.

D’autres améliorations sont également nécessaires comme le respect des temps de pause, l’organisation des remplacements ou encore le fait que le personnel n’ait pas à payer de sa poche les repas pris sur le groupe.

Les professions de l’enfance exigent un niveau de qualification qui doit être reconnu et valorisé. Une CCT serait déjà un premier pas vers cette valorisation.

Suite des démarches

Les principaux partenaires de discussion ont récemment été informés de la tenue de cette conférence de
presse et de la volonté de nos organisations d’instaurer une CCT, comme dans les cantons de Vaud et de
Genève. Une séance d’échange autour de cette CCT sera organisée début 2020 avec les différents
partenaires afin que chacun puisse transmettre son avis et ses besoins.

Du côté du SSP-Crèches, le comité a déjà fait un énorme travail avec le questionnaire et continuera à défendre les intérêts du personnel des crèches. Si nous espérons que des discussions constructives auront lieu, il s'agira tout de même de montrer que le personnel est prêt à se mobiliser pour améliorer les conditions de travail et d'accueil. Il est donc essentiel que nous soyons un syndicat fort et nous invitons les employé.e.s des crèches à rejoindre le SSP-région Fribourg!

Les articles de La Liberté et des Freiburger Nachrichtern sont téléchargeables ci-dessous.

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