Canton de Fribourg: "Une situation financière assez solide"

deutsche Übersetzung: s. unten Les Fribourgeois-ses ayant le droit de vote se prononceront le 26 avril sur la «Loi d’assainissement des finances de l’État», que combat le SSP. Point de situation avec Sergio Rossi, professeur ordinaire de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg.

Maurizio Solari

L’État de Fribourg a une fortune nette de 590 millions de francs, et le dernier déficit aux comptes remonte à l’année 2013, soit il y a 13 ans. Et cela, malgré de nombreuses baisses d’impôts qui ont diminué les recettes fiscales potentielles et profité surtout aux plus aisé-e-s. Quelle évaluation faites-vous de la situation financière de l’État de Fribourg?

Sergio Rossi – Les finances publiques du Canton de Fribourg ne sont pas du tout dans une situation difficile à gérer, au vu des résultats affichés depuis bien des années sur le plan comptable, qui montrent une situation financière assez solide. Or, il y aurait bien des raisons pour augmenter les dépenses publiques afin de soutenir et relancer les activités économiques qui bénéficient à l’ensemble de la population, au lieu de regarder en premier lieu le solde annuel du compte de résultats et de continuer à croire que la diminution des barèmes de l’impôt sur le revenu et sur le patrimoine des personnes les plus riches, ainsi que la diminution du barème de l’impôt sur les bénéfices des entreprises, vont faire augmenter les recettes fiscales. En fait, l’évidence empirique montre bien le contraire, à savoir une augmentation des recettes fiscales faible et moins que proportionnelle à l’augmentation du revenu et de la richesse dans l’économie fribourgeoise. En effet, les personnes qui bénéficient des baisses fiscales ne vont pas augmenter leurs dépenses dans l’économie où elles paient leurs impôts, vu que, de manière générale, elles placent leurs épargnes non-liquides sur les marchés financiers, qui sont désormais globalisés à l’échelle mondiale.

En 2014-2016, l’État de Fribourg avait déjà imposé un plan d’austérité douloureux. Dès la fin de ce plan d’économies, il a introduit des baisses fiscales importantes: impôt sur le bénéfice et le capital des entreprises, impôt sur le revenu, etc. Comment caractérisez-vous cette politique fiscale?

Il s’agit d’une politique fiscale dont les conséquences, en fait, péjorent la situation des finances publiques cantonales, étant donné que les contribuables concerné-e-s par ces baisses fiscales n’ont aucune intention de dépenser dans l’économie cantonale l’argent épargné suite à la diminution de leurs charges fiscales. Cela va donc réduire l’excédent budgétaire, voire augmenter le déficit public, induisant les décideurs-euses politiques à réduire les dépenses publiques afin d’assurer un prétendu équilibre budgétaire qui, dans la réalité des faits, frappe négativement bien des ménages et des petites et moyennes entreprises au sein de l’économie cantonale. Il s’agit d’une politique qui vise à «affamer la bête», comme cela a été expliqué par les tenant-e-s de la pensée néolibérale aux États-Unis déjà lors des coupes budgétaires de l’Administration de Ronald Reagan durant les années 1980. Si les recettes fiscales diminuent, il faut alors couper dans les dépenses publiques afin de respecter la règle de l’équilibre budgétaire ou celle du frein à l’endettement. Cela déclenche un cercle vicieux qui fait du mal aux activités économiques et aux personnes les plus fragiles sur le plan financier.

Fribourg est un canton en forte croissance démographique. Les besoins, notamment pour les jeunes, augmentent. Ne serait-il pas plus rationnel – pour répondre aux besoins de la population – de développer les prestations, plutôt que de limiter les dépenses?

Il s’agit d’une nécessité de plus en plus évidente, qu’il s’agisse de l’instruction, de la santé ou des transports publics, pour ne mentionner que quelques domaines importants pour le bien commun. De surcroît, il faudrait que l’État investisse davantage dans la transition écologique et avec le soutien de l’ensemble des institutions financières fribourgeoises, à savoir les banques, les assurances, les caisses de pension et les autres institutions financières non-bancaires. D’un point de vue macroéconomique, il convient d’investir davantage dans ces domaines plutôt que d’attendre que la situation se péjore, parce que le second terme de l’alternative comporterait la nécessité de financer encore plus de coûts d’ordre financier mais aussi d’ordre social à travers l’ensemble de l’économie fribourgeoise, tout en éloignant davantage les citoyen-ne-s des décideurs-euses politiques lors des votes populaires. Il faut arrêter de prétendre que l’État est un adversaire des entreprises privées car, comme on l’a bien vu durant la crise du Covid ainsi que lors du crash de Credit Suisse, sans le support du secteur public l’économie privée souffrirait bien davantage lors des turbulences financières ou des crises sanitaires ou géopolitiques.

Au contraire d’autres cantons (Vaud, Genève, Jura, Neuchâtel,…), sans même parler du contexte international, Fribourg a l’interdiction presque absolue d’avoir un déficit dans son budget de fonctionnement. Que penser de telles contraintes financières?

Il s’agit en fait d’un principe erroné, car l’équilibre du compte de résultats affecte négativement l’ensemble de l’économie lorsque cette règle est appliquée en premier lieu et principalement du côté des dépenses publiques, qui sont dès lors réduites afin de ne pas dépasser le montant des recettes fiscales. En fait, il faudrait partir du montant des recettes fiscales que l’État doit récolter pour satisfaire les besoins de l’ensemble des parties prenantes dans le Canton, à savoir les personnes physiques et les personnes morales. Autrement dit, il faudrait prélever des impôts pour le montant dont l’État a besoin afin de financer les dépenses publiques nécessaires pour le bien commun, au lieu de renverser la vapeur et couper les dépenses publiques qui dépassent les recettes fiscales attendues ou déjà récoltées. Le résultat comptable des finances publiques ne doit pas être le point de départ des décisions politiques, mais la conséquence de celles-ci, si les décideurs-euses politiques œuvrent dans l’intérêt général pour l’ensemble de la population.

«Die öffentlichen Finanzen des Kantons Freiburg befinden sich keineswegs in einer schwierigen Lage»

FRIBOURG . Die stimmberechtigten Freiburger-innen werden am 26. April über das «Gesetz zur Sanierung der Kantonsfinanzen» abstimmen, das vom VPOD bekämpft wird. Sergio Rossi, ordentlicher Professor für Makroökonomie und Geldwirtschaft an der Universität Freiburg, gibt einen Überblick über die aktuelle Lage.

GAÉTAN ZURKINDEN. INTERVIEW

Der Kanton Freiburg verfügt über ein Nettovermögen von 590 Millionen Franken, und das letzte Defizit in den Konten stammt aus dem Jahr 2013, also vor 13 Jahren. Und das trotz zahlreicher Steuersenkungen, die die potenziellen Steuereinnahmen verringert und vor allem den Wohlhabendsten zugute gekommen sind. Wie beurteilen Sie die finanzielle Lage des Kantons Freiburg?

Sergio Rossi – Die öffentlichen Finanzen des Kantons Freiburg befinden sich keineswegs in einer schwierigen Lage, wenn man die seit vielen Jahren erzielten Ergebnisse betrachtet, die eine recht solide Finanzlage zeigen. Es gäbe jedoch viele Gründe, die öffentlichen Ausgaben zu erhöhen, um die Wirtschaftstätigkeit zu unterstützen und anzukurbeln, was der gesamten Bevölkerung zugutekommen würde, anstatt in erster Linie auf den Jahresüberschuss der Erfolgsrechnung zu schauen und weiterhin daran zu glauben, dass die Senkung der Einkommens- und Vermögenssteuersätze für die reichsten Personen sowie die Senkung des Steuersatzes für Unternehmensgewinne zu höheren Steuereinnahmen führen werden. Tatsächlich zeigen empirische Daten jedoch das Gegenteil, nämlich einen geringen Anstieg der Steuereinnahmen, der weniger als proportional zum Anstieg des Einkommens und des Vermögens in der Freiburger Wirtschaft ist. Tatsächlich werden Personen, die von Steuersenkungen profitieren, ihre Ausgaben in der Wirtschaft, in der sie ihre Steuern zahlen, nicht erhöhen, da sie ihre nicht liquiden Ersparnisse in der Regel auf den Finanzmärkten anlegen, die mittlerweile weltweit globalisiert sind.

In den Jahren 2014 bis 2016 hatte der Kanton Freiburg bereits einen schmerzhaften Sparplan durchgesetzt. Nach Ablauf dieses Sparplans führte er erhebliche Steuersenkungen ein: Gewinn- und Kapitalsteuer für Unternehmen, Einkommenssteuer usw. Wie würden Sie diese Steuerpolitik charakterisieren?

Es handelt sich um eine Steuerpolitik, deren Folgen die Lage der kantonalen Finanzen tatsächlich verschlechtern, da die von diesen Steuersenkungen betroffenen Steuerzahler nicht die Absicht haben, das durch die Verringerung ihrer Steuerlast eingesparte Geld in der kantonalen Wirtschaft auszugeben. Dies wird also den Haushaltsüberschuss verringern oder sogar das öffentliche Defizit erhöhen, was die politischen Entscheidungsträger dazu veranlassen wird, die öffentlichen Ausgaben zu kürzen, um einen angeblichen Haushaltsausgleich zu gewährleisten, der in Wirklichkeit viele Haushalte und kleine und mittlere Unternehmen innerhalb der kantonalen Wirtschaft negativ trifft. Es handelt sich um eine Politik, die darauf abzielt, «das Biest auszuhungern», wie es die Verfechter des neoliberalen Gedankenguts in den Vereinigten Staaten bereits während der Haushaltskürzungen der Regierung Ronald Reagans in den 1980er Jahren erklärt haben. Wenn die Steuereinnahmen sinken, müssen die öffentlichen Ausgaben gekürzt werden, um die Regel des ausgeglichenen Haushalts oder die Schuldenbremse einzuhalten. Dies löst einen Teufelskreis aus, der der Wirtschaftstätigkeit und den finanziell schwächsten Menschen schadet.

Freiburg ist ein Kanton mit starkem Bevölkerungswachstum. Der Bedarf, insbesondere für junge Menschen, steigt. Wäre es nicht sinnvoller, die Leistungen auszubauen, anstatt die Ausgaben zu begrenzen, um den Bedürfnissen der Bevölkerung gerecht zu werden?

Dies ist eine immer offensichtlicher werdende Notwendigkeit, sei es im Bildungswesen, im Gesundheitswesen oder im öffentlichen Verkehr, um nur einige Bereiche zu nennen, die für das Gemeinwohl wichtig sind. Darüber hinaus müsste der Staat mehr in den ökologischen Wandel investieren, und zwar mit der Unterstützung aller Freiburger Finanzinstitute, d. h. Banken, Versicherungen, Pensionskassen und anderer Nichtbanken-Finanzinstitute. Aus makroökonomischer Sicht sollte man lieber mehr in diese Bereiche investieren, anstatt abzuwarten, bis sich die Situation verschlechtert, denn die zweite Alternative würde bedeuten, dass noch mehr finanzielle, aber auch soziale Kosten in der gesamten Freiburger Wirtschaft finanziert werden müssten, während sich die Bürger-innen bei Volksabstimmungen noch weiter von den politischen Entscheidungsträgern entfernen würden. Man muss aufhören, so zu tun, als sei der Staat ein Gegner privater Unternehmen, denn wie wir während der Covid-Krise und beim Zusammenbruch der Credit Suisse deutlich gesehen haben, würde die Privatwirtschaft ohne die Unterstützung des öffentlichen Sektors unter finanziellen Turbulenzen oder gesundheitlichen oder geopolitischen Krisen viel stärker leiden.

Im Gegensatz zu anderen Kantonen (Waadt, Genf, Jura, Neuenburg usw.), ganz zu schweigen vom internationalen Kontext, gilt in Freiburg ein fast absolutes Verbot, ein Defizit im Verwaltungshaushalt zu haben. Was ist von solchen finanziellen Zwängen zu halten?

Dies ist jedoch ein falscher Ansatz, da sich eine ausgeglichene Gewinn- und Verlustrechnung negativ auf die gesamte Wirtschaft auswirkt, wenn diese Regel in erster Linie und vor allem auf der Seite der öffentlichen Ausgaben angewendet wird, die dann gekürzt werden, um die Steuereinnahmen nicht zu überschreiten. Tatsächlich müsste man von den Steuereinnahmen ausgehen, die der Staat einnehmen muss, um die Bedürfnisse aller Beteiligten im Kanton, d. h. natürlicher und juristischer Personen, zu befriedigen. Mit anderen Worten: Es müssten Steuern in der Höhe erhoben werden, die der Staat benötigt, um die für das Gemeinwohl notwendigen öffentlichen Ausgaben zu finanzieren, anstatt den Spieß umzudrehen und die öffentlichen Ausgaben zu kürzen, die über die erwarteten oder bereits eingenommenen Steuereinnahmen hinausgehen. Das Bilanzergebnis der öffentlichen Finanzen darf nicht Ausgangspunkt für politische Entscheidungen sein, sondern muss deren Folge sein, wenn die politischen Entscheidungsträger-innen im allgemeinen Interesse der gesamten Bevölkerung handeln.